Les haches en pierre de Guyane : approche multiple, de l'étude des matières premières, aux chaînes opératoires de production et implications chrono-culturelles

Projet Collectif de Recherche

 

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Dates : depuis 2022

 

Présentation du projet

En Guyane, les lames de haches et les polissoirs ont provoqué un certain intérêt de la part des érudits et des archéologues, dès la fin du XIXe s. pour les premières mentions, et ont fait l’objet de quelques études. Toutefois, la quantité de vestiges mis au jour sur le territoire, dont une bonne partie de haches découvertes en contextes fiables grâce à l’archéologie préventive, ainsi que les problématiques que ce sujet de recherche soulève, étaient révélateur de l’importance d’une étude approfondie à approches multiples.

Fort de ce constat, un « Projet Collectif de Recherches a été initié en juin 2022, et regroupe aujourd’hui plusieurs chercheurs et étudiants (archéologues, géologues, topographe, géochimiste), provenant de différents organismes (Inrap, Eveha, BRGM, Université, CNRS), travaillant conjointement autour de quatre axes de recherche principaux :

Axe 1 : les modalités d’approvisionnement et gestion des ressources

Problématiques : L’identification de la nature lithologique des roches utilisées, mise au regard de leur localisation géologique supposée, concourt à déterminer le type d’approvisionnement (local, lointain). Cette approche permet d’appréhender les questions liées à la connaissance et l’exploitation du territoire, à la mobilité et les interactions entre les différents groupes humains comme les phénomènes d’échange à plus ou moins longue distance. L’intérêt se portera aussi sur les formes sous lesquelles les matériaux ont été introduits dans les sites (ébauches, préformes ou produits finis), dans le but de saisir les démarches opératoires par rapport aux gisements de matières premières et aux éventuels ateliers de production. Cela permet de saisir les modalités d’acquisition et de gestion des ressources, tout en prenant en compte l’impact de l’environnement et de ces éventuelles contraintes sur les choix techno-économiques des populations.

Méthodologie : Dans ce cadre, la collaboration avec plusieurs chercheurs en géologie s’est révélée essentielle afin de faire un point sur les matières premières disponibles sur le territoire, proposer des cartographies à différentes échelles, mais aussi pour réaliser des analyses pétrographiques et géochimiques sur certains exemplaires archéologiques et échantillons géologiques.

Axe 2 : les chaines opératoires de production

Problématiques : La détermination des techniques et méthodes de fabrication employées permet de préciser les économies de transformation des supports. En effet, cela permettra de restituer les gestes et les savoir-faire des populations amérindiennes, mais aussi de contribuer à la compréhension des étapes de fabrication de ces objets en pierre.

Méthodologie : Il s’agira d’effectuer l’étude technologique d’une série de lames de haches à différents stades d’élaboration (ébauches, préformes, produits finis), couplée à de l’expérimentation. Notre approche passera également par l’étude morphométrique et tracéologique des polissoirs à partir de relevés photogrammétriques et d’observation in situ.

Axe 3 : les apports typo-chronologiques

Problématiques : L’étude de l’évolution typo-chronologique des haches, permettrait de participer à l’attribution chronologique des occupations en apportant de potentiels jalons chronologiques, mais aussi de participer à la compréhension des systèmes de circulation des biens.

Méthodologie : Il s’agira, dans un premier temps, de proposer une typologie révisée des haches grâce à une étude se voulant la plus exhaustive possible. Puis d’examiner les contextes, les formes variées des lames et les différents types d’emmanchement, en fonction de leur répartition sur l’ensemble du territoire ; et en couplant ces observations à des datations par le radiocarbone sur des exemplaires dont l’emmanchement est extrêmement bien préservé.

Axe 4 : la destination fonctionnelle des objets

Problématiques : L’étude fonctionnelle de ces outils en pierre est l’opportunité de cerner une partie des activités pratiquées, des besoins fonctionnels, des contraintes et/ou attentes culturelles de ces sociétés, et de contribuer à la caractérisation des occupations. La variété des formes et des traces d’utilisation sur les parties actives suppose des utilisations variées. En outre, existe-t-il des différences de pratiques entre les sites, en fonction des zones géographiques et des périodes ? Il s’agira ainsi d’aborder les systèmes d’usage de ces biens, depuis l’objet neuf à celui de rejet, mais aussi les questions de sa place sociale et de son symbolisme.

Méthodologie : Cette approche sera abordée grâce à l’expérimentation, la tracéologie, l’ethnographie et par l’étude de l’état des objets en fonction des contextes.

En définitive, ce PCR, actuellement en cours, permettra de proposer une étude globale des haches et des polissoirs du territoire guyanais, afin de contribuer à une meilleure compréhension des sociétés amérindiennes de l’époque précolombienne.

 

Responsable
Lolita Rousseau, Inrap

 

Collaborateurs et institutions partenaires
Geoffrey AERTGEERTS (BRGM)
Gabriela ARMENTANO (Eveha)
Delphine BOSCH (CNRS Géosciences Montpellier)
Fabrice CASAGRANDE (Inrap)
Alexandre CASANOVA (Université de Guyane)
Pascal COMBES (Inrap)
Alexandre COULAUD (Inrap ; Archam)
Pierre-Yves DEVILLERS (Inrap)
Rita FIGUERIDO DE OLIVEIRA (Université de Guyane)
Arnauld HEURET (Université de Guyane ; UMR Géosciences Montpellier)
Emilie LITHAMPHA (Université de Guyane)
Daïana PHILIP (Université de Guyane)
Bertrand POISSONNIER (Inrap)
Frédéric PRODEO (Inrap)
Lucas RIVIERA (BRGM)
Nathalie SELLIER-SEGARD (Inrap ; Archam)