Lechugal Norte

 

 

 

 

 

Dates : 2023-2025

 

Situation

Au cœur des Basses-Terres Mayas, la région dite de Lechugal Norte, autour des sites de La Vitrola et El Tigre, n’a pourtant pratiquement jamais fait l’objet de recherches archéologiques (à l’exception de quelques reconnaissances sporadiques de la part d’archéologues tels que Carlos Morales-Aguilar). Suite à l’acquisition d’une couverture LiDAR de 270 km² venant compléter les prospections au sol, le Projet Archéologique Lechugal Norte - El Tigre a été en mesure d’identifier plus de 50 sites archéologiques de toutes tailles et fonctions, nombre d’entre eux étant jusqu’alors inconnus pour la science.

 

Problématique

Le Projet Archéologique Lechugal Norte – El Tigre se propose d’interroger, à travers la fouille et l’analyse spatiale, l’évolution de la fonction des sites de la zone d’étude, qui correspond à l’arrière-pays lointain de deux capitales successives : Nakbé dans un premier temps (période préclassique, entre 1200 av. J.-C. et 150 apr. J.-C.), puis Naachtun (période classique, à partir de 150 apr. J.-C.). Nous insistons donc sur la diachronie, et l’évolution des trajectoires historiques de ces centres de taille et de fonction variées que nous observons aujourd’hui. Ce paysage d’une grande richesse en vestiges est-il le fruit d’une planification volontaire et contrôlée du territoire, avec la mise en place d’un réseau de relais du pouvoir économique, administratif, militaire, religieux ? Dans quelle mesure observons-nous, au contraire, le résultat de tentatives d’expansion plus ou moins réussies de la part de petites communautés indépendantes et concurrentes ? Si de grands sites tels que La Vitrola ou El Tigre sont dépourvus de la plupart des indicateurs habituels de la présence d’un siège de pouvoir, tel que les Groupes de Type E, les complexes triadique, ou les monuments sculptés, est-ce parce qu’ils ont été pensés comme tels, comme simples relais, ou parce que ces agglomérations ne parvinrent pas à établir fermement les conditions de leur indépendance, tombant finalement sous la tutelle de capitales de plus grande importance ?

S’il ambitionne de prendre en compte les trajectoires des sites sur l’ensemble de la période d’occupation du territoire (grosso-modo, entre 1200 av. J.-C. et 1200 apr. J.-C.), le projet se focalise tout particulièrement sur le moment clé de la transition entre le Préclassique récent et le Classique ancien, entre 150 et 300 apr. J.-C. En effet, c’est alors que les réseaux de grandes capitales préclassiques s’est effondré, laissant la place à un nouveau système politique. C’est peut-être à ce moment que la longue chaussée qui semble unir Naachtun à La Vitrola a été édifiée, matérialisant le basculement d’un site majeur de la période préclassique -La Vitrola- dans le giron de la capitale émergente : Naachtun. Ajoutons que ce moment est aussi celui dont les vestiges sont les moins visibles sur un relevé LiDAR : une énorme majorité des monticules visibles date du Classique récent (550-830 apr. J.-C.), et une forte minorité remonte au Préclassique (1200 av. – 150 apr. J.-C.). Entre les deux, le Classique ancien souffre d’une manque de visibilité certain, qui justifie un investissement approfondi, dans le contexte de multiplication des relevés LiDAR dans l’aire Maya.

Une première campagne de faisabilité dirigée par Julien Hiquet et Hemmamuthé Goudiaby a eu lieu en 2022, avec l’exploration de plusieurs sites inédits, l’ouverture d’accès à cette zone de forêt inoccupée de longue date et les débuts de la construction d’un campement. Il s’en est suivi une première campagne de fouille en 2023 sur le site d’El Tigre. Les fouilles, sous la direction de Julien Hiquet, sont programmées jusqu’en 2026, avec le soutien du Ministère de l’Europe et des Affaires Etrangères, et de la Fondation Pacunam.

Responsable
Julien Hiquet UMR 8096 CNRS